La gestion du risque ne bâtit pas la confiance qu’exige le changement

Guy J. Giguère3 septembre 2026
La gestion du risque ne bâtit pas la confiance qu’exige le changement

Les organisations tentent souvent de créer la confiance en faisant disparaître l’incertitude. Elles ajoutent des approbations, des contrôles, des prévisions, des politiques et des rapports jusqu’à pouvoir assurer que rien d’imprévu n’arrivera.

Ces pratiques gèrent le risque. Elles ne créent pas le genre de confiance dont une équipe a besoin quand l’avenir est réellement inconnu.

La confiance devient pertinente précisément là où la prédiction s’arrête. Elle permet de compter sur un collègue, un dirigeant ou une organisation sans connaître d’avance le résultat exact. Pendant une restructuration, l’adoption de l’IA, un virage stratégique ou une décision d’embauche difficile, la promesse que tout ira bien est rarement crédible. Les gens ont besoin d’une raison d’avancer même si le résultat ne peut être garanti.

L’experte de la confiance Rachel Botsman a décrit cette distinction à Indeed FutureWorks 2026. Le risque demande « qu’est-ce qui pourrait mal tourner? » et bâtit la prévention autour de la réponse. La confiance demande « qu’est-ce qui est possible? ». Elle définit la confiance comme une « relation assurée avec l’inconnu ».

Cette différence change la façon dont les dirigeants devraient communiquer, déléguer et organiser le travail en période d’incertitude.

La sécurité et la confiance règlent des problèmes différents

La gestion du risque réduit la probabilité ou l’effet d’un mauvais résultat. Elle est essentielle en finance, en sécurité, en protection de la vie privée, en conformité et dans toute décision aux conséquences sérieuses. Des contrôles clairs facilitent d’ailleurs la confiance, en montrant qu’une organisation prend ses responsabilités au sérieux.

Mais le contrôle a une limite. Si chaque geste doit être prévu et approuvé, les gens apprennent que suivre le processus compte plus que répondre intelligemment à la réalité. Une équipe devient plus sûre sur papier et moins compétente dans les faits.

La confiance s’occupe de ce qui reste une fois les garde-fous raisonnables en place. Un gestionnaire peut-il admettre qu’un plan changera peut-être? Un employé peut-il signaler un problème avant d’avoir la solution complète? Des collègues peuvent-ils décider sans attendre une permission à chaque tournant? Un candidat peut-il croire qu’un employeur communiquera honnêtement même si la réponse est non?

Ce sont des questions relationnelles. Une politique peut les soutenir, elle ne peut pas y répondre seule.

Des organisations Tetris dans des conditions Minecraft

Rachel Botsman a utilisé un contraste utile entre Tetris et Minecraft. Tetris a des pièces fixes, un espace délimité et une seule bonne orientation à la fois. On réussit par le contrôle, la vitesse et l’insertion de chaque objet dans une structure prédéterminée.

Minecraft est ouvert. On bâtit, on explore, on combine des ressources et on s’adapte à mesure que l’environnement change. La destination émerge de la participation plutôt que d’arriver sous forme de plan achevé.

Beaucoup de systèmes d’entreprise ont été bâtis pour Tetris. Les descriptions de poste dessinent des cases, les décisions remontent des chaînes d’approbation linéaires, et on récompense les dirigeants qui ont l’air certains. Le travail d’aujourd’hui se comporte de plus en plus comme Minecraft : les équipes sont dispersées, la technologie change vite, et les connaissances nécessaires à une décision sont éparpillées dans l’organisation.

Les anciens contrôles ne deviennent pas inutiles. Ils deviennent insuffisants. L’adaptation dépend de la confiance mutuelle : partager de l’information incomplète, remettre une hypothèse en question et agir à l’intérieur de limites claires.

La fausse certitude affaiblit le leadership

L’incertitude pousse les dirigeants à vouloir paraître assurés. Ils annonceront une transformation comme entièrement planifiée, décriront une nouvelle technologie comme inévitable ou éviteront de parler de conséquences qu’ils ne peuvent pas encore prévoir.

Cette mise en scène de la certitude échoue presque toujours, parce que les employés voient les questions sans réponse. Quand le plan change ensuite, la correction ressemble à de la dissimulation ou à de l’incompétence. La confiance chute même si l’incertitude initiale était inévitable.

Un dirigeant plus crédible sépare ce qui est connu, ce qui reste à décider et ce qui guidera la décision. Il explique qui est imputable, quand les gens en sauront plus et sur quoi ils peuvent influer. Cela n’efface pas l’anxiété. Cela donne une relation fiable avec le processus.

Le même principe s’applique dans l’équipe. Un gestionnaire qui invite le désaccord et y répond sans punir rend l’incertitude discutable. Celui qui exige de l’assurance en tout temps envoie le risque sous la surface.

Que demande donc un leadership fondé sur la confiance?

Commencez par réserver les contrôles aux risques qu’ils peuvent réellement contenir. Définissez les limites non négociables, les points d’escalade et les décisions qui exigent une surveillance. Donnez ensuite aux gens une vraie marge pour agir à l’intérieur de ces limites.

Rendez l’incertitude explicite. Un dirigeant peut dire : « Voici ce que nous savons, voici ce que nous testons, et voici ce qui nous ferait changer de cap. » Cette phrase est plus utile qu’une réassurance à laquelle personne ne croit.

Bâtissez des preuves de fiabilité dans les moments ordinaires. Tenez vos engagements. Expliquez une décision qui change. Partagez le mérite. Répondez de façon constructive quand quelqu’un apporte une mauvaise nouvelle. La confiance en pleine transition puise dans une histoire formée bien avant l’annonce.

Les équipes peuvent aussi se demander quel modèle la situation appelle. Un travail routinier et encadré profitera d’un processus à la Tetris. Un travail inédit aura besoin d’un environnement à la Minecraft, avec des objectifs partagés, des rôles souples et un apprentissage fréquent. Les ennuis commencent quand on applique un seul modèle à tout.

La confiance n’est pas la permission d’ignorer les conséquences. C’est la capacité d’avancer de façon responsable quand elles ne peuvent être connues entièrement. Les organisations ont besoin des deux disciplines : la rigueur pour gérer le tort prévisible, et les relations pour naviguer tout ce que leurs contrôles ne peuvent prévoir.

Guy J. Giguère
Guy J. Giguère
Créateur du cadre RVEAL|

Guy Giguère, créateur du cadre psychométrique RVEAL et cofondateur de RVEAL, cumule quatre décennies de coaching en Amérique du Nord, en Europe et en Afrique, plus de 100…

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