L’absence de mentor n’a pas à freiner une carrière

Guy J. Giguère4 septembre 2026
L’absence de mentor n’a pas à freiner une carrière

Le mentorat a de la valeur, mais attendre le mentor parfait devient parfois un obstacle de carrière en soi.

L’accès à des conseils d’expérience est inégal. Certains milieux de travail l’intègrent au quotidien. D’autres comptent peu de gens chevronnés qui partagent le parcours, les ambitions ou le type de travail d’un employé. Un programme formel peut multiplier les mises en relation sans créer de confiance. Dans ces conditions, l’absence d’une seule relation idéale finit par ressembler à une preuve que le développement doit attendre.

À Indeed FutureWorks 2026, Shonda Rhimes a proposé un modèle plus large. Elle a raconté s’être formée elle-même par les biographies et les mémoires, en étudiant comment des gens accomplis ont composé avec la pression, les revers, le pouvoir et des environnements inconnus. Elle a notamment évoqué les parcours d’Andre Agassi, d’Oprah Winfrey et de Michelle Obama.

Lire n’équivaut pas à être connu et conseillé par une autre personne. Cela peut tout de même devenir une forme sérieuse d’auto-mentorat quand on s’en sert pour examiner de vraies décisions plutôt que pour y puiser de l’inspiration.

Une carrière a souvent besoin de plus d’un type de guide

On demande au mentor classique de jouer plusieurs rôles à la fois, celui du conseiller d’expérience, du parrain, de l’enseignant, du confident, du modèle et de la source d’occasions. Peu de relations arrivent à répondre à tous ces besoins.

Les séparer rend le développement plus concret. Un gestionnaire peut donner de la rétroaction sur le rendement actuel. Un ancien collègue peut éclairer un changement de secteur. Un pair peut obliger à rendre des comptes. Les mémoires d’un dirigeant connu peuvent montrer comment quelqu’un a réfléchi à une crise que personne dans l’entourage immédiat n’a vécue.

Cela donne une constellation de repères plutôt qu’une quête de l’oracle de carrière unique. Cela réduit aussi le risque de copier trop littéralement le parcours d’une seule personne.

L’histoire des dirigeants est une bibliothèque de cas

Les biographies deviennent utiles quand on les lit comme des études de cas. Quelles contraintes pesaient sur la personne? Quelles options a-t-elle écartées? Comment le statut, le moment, l’identité et les relations ont-ils façonné la décision? Qu’est-ce que le récit passe sous silence ou réinterprète avec le recul?

Il ne s’agit pas de reproduire l’habitude visible d’une personne célèbre. Une décision qui a fonctionné dans le spectacle, en politique ou dans le sport peut échouer ailleurs. La valeur est dans les constantes qu’on y voit, la façon dont des gens se sont relevés d’un échec public, ont bâti des alliances, ont protégé leur métier, ont encaissé la critique ou ont reconnu qu’une vieille stratégie ne fonctionnait plus.

Le lecteur compare ensuite ces constantes avec un défi bien réel. Quelle partie est vraiment semblable? Quelle partie diffère? Quelle expérimentation devient possible?

La méthode laisse aussi place à des modèles contradictoires. Un dirigeant peut l’emporter par une concentration implacable, un autre par de larges coalitions. La tension invite au jugement plutôt qu’à l’imitation.

L’auto-mentorat exige quand même de la rétroaction

La limite d’un livre, c’est qu’il ne voit pas les angles morts du lecteur. La réflexion se transforme facilement en récit qui protège la vision que celui-ci avait déjà.

C’est pourquoi l’auto-mentorat porte ses meilleurs fruits au contact de vraies personnes et de vraies conséquences. On tire une hypothèse de l’expérience d’un autre, on pose un geste limité, puis on demande à ses collègues ce qui a changé. Un accompagnateur, des pairs, un gestionnaire, une communauté professionnelle ou quelques échanges ponctuels avec un conseiller apportent tous des preuves venues de l’extérieur, sans qu’aucun n’ait à devenir un mentor formel pour la vie.

La combinaison est puissante, car elle donne d’abord un large accès aux leçons durement acquises par d’autres, puis une rétroaction ancrée dans le contexte réel de la personne.

À quoi ressemble donc une pratique d’auto-mentorat?

Partez d’une question de carrière bien vivante plutôt que d’une envie générale de vous améliorer. Elle peut porter sur la conduite d’une équipe dans l’incertitude, sur la visibilité sans autopromotion, sur une transition difficile ou sur le maintien de vos exigences de qualité sous pression.

Choisissez plusieurs personnes dont l’expérience éclaire différentes parties de cette question. Incluez des voix aux styles et aux circonstances variés. À chaque récit lu, notez la décision, les conditions qui l’entouraient, le principe qu’elle suggère et la raison pour laquelle ce principe s’applique ou non à votre situation.

Transformez une seule idée en petite pratique. Qui étudie les conversations difficiles peut préparer plus explicitement le contexte et le résultat souhaité, puis demander de la rétroaction après la prochaine. Qui étudie les transitions de carrière peut cartographier les relations, les compétences et les réserves financières qui ont rendu chaque passage possible.

Les mentors formels restent à cultiver, surtout quand le parrainage ou une rétroaction sur mesure compte. On les aborde plus facilement quand la demande est précise, par exemple un éclairage sur un choix, une mise en relation dans un domaine ou une rétroaction sur un comportement qui revient.

Une carrière n’a pas à attendre qu’une seule personne sage en prenne la responsabilité. L’accompagnement s’assemble à partir de l’histoire, de l’observation, de l’expérimentation et des relations. L’étape qui compte, c’est de transformer l’expérience des autres en meilleures questions et en gestes plus délibérés dans la vie que vous menez vraiment.

Guy J. Giguère
Guy J. Giguère
Créateur du cadre RVEAL|

Guy Giguère, créateur du cadre psychométrique RVEAL et cofondateur de RVEAL, cumule quatre décennies de coaching en Amérique du Nord, en Europe et en Afrique, plus de 100…

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