Un manifeste humain clarifie la part du travail qui ne devrait jamais être déléguée

Guy J. Giguère4 septembre 2026
Un manifeste humain clarifie la part du travail qui ne devrait jamais être déléguée

La question « que peut faire l’IA? » change plus vite que la plupart des gens n’arrivent à y répondre. Une question de carrière plus stable serait plutôt « quelle responsabilité humaine devrait rester la mienne? »

Cette responsabilité peut consister à gagner la confiance de quelqu’un, à remarquer un malaise, à faire un arbitrage, à admettre son incertitude ou à comprendre pourquoi une réponse en apparence juste échouera dans un contexte précis. Ces apports sont faciles à sous-estimer, parce qu’ils n’apparaissent pas toujours dans une description de poste ou un tableau de bord de productivité.

À Indeed FutureWorks 2026, Lauren Ducrey a invité les participants à rédiger un « Humanifesto », une courte déclaration personnelle de ce qui les rend proprement humains dans leur travail. L’IA peut servir de miroir et aider à repérer des tournures qui reviennent et des thèmes récurrents, mais elle ne doit pas écrire la déclaration à leur place.

L’exercice dépasse l’image de marque personnelle. Il peut clarifier les compétences à développer, les tâches à automatiser et le genre de travail qui devrait garder du sens à mesure que les outils s’améliorent.

La valeur humaine se révèle souvent à la limite de la certitude

L’IA produit de mieux en mieux des réponses, des options, des analyses et une langue soignée. Son aisance donne l’impression que la certitude est le but du travail intellectuel.

Lauren Ducrey a insisté sur la valeur de dire « je ne sais pas ». La formule peut signaler une honnêteté intellectuelle, mais sa vraie valeur tient à ce qu’elle rend possible. Elle laisse de la place au savoir d’une autre personne, déclenche une vérification et empêche une hypothèse fragile de durcir en décision.

Dans une équipe en santé, l’incertitude ne met pas fin à la contribution. Elle amorce la collaboration. On peut nommer ce qu’on ignore, expliquer pourquoi cela compte et préciser quelle preuve ou quel point de vue manque pour la suite.

Ce comportement repose sur l’humilité, la sensibilité aux autres et le jugement sur la situation. Produire les mots est facile. Répondre de ce qu’ils veulent dire, c’est du travail humain.

Un rôle contient des tâches, des relations et des responsabilités

Les discussions sur l’automatisation découpent souvent un emploi en tâches. C’est utile, mais incomplet.

Un gestionnaire ne fait pas que préparer des plans et résumer le rendement. Il remarque qu’un employé compétent se désengage, maintient une exigence difficile sans humilier personne et décide quand une situation personnelle mérite de la souplesse. Un recruteur ne fait pas que repérer et présélectionner des candidatures. Il interprète un parcours atypique, explique une décision et représente l’entreprise devant une personne dont le gagne-pain est en jeu.

La part relationnelle du travail et la part d’imputabilité se comptent mal. Un Humanifesto les rend visibles. Il demande ce que cette personne a la responsabilité de remarquer et de protéger aux yeux de ses collègues, de ses clients ou de sa communauté.

L’IA peut faire ressortir une constante sans en décider le sens

Utilisée comme miroir, l’IA peut analyser des exemples de travail, des commentaires reçus et des textes personnels pour y repérer des thèmes récurrents. Elle peut remarquer qu’une personne traduit souvent la complexité, ramène le calme dans un conflit ou pose les questions qui mettent au jour les hypothèses cachées.

Ces observations sont des pistes, pas des verdicts. La personne doit encore décider lesquelles sonnent juste, si elles traduisent une force ou une habitude de survie, et comment elles rejoignent la valeur qu’exige le rôle.

La distinction compte, parce qu’un manifeste entièrement rédigé par un modèle glissera vers des généralités bien tournées. Une déclaration utile doit être assez précise pour guider une décision. « J’apporte de l’empathie et de la créativité » fait plaisir à lire, mais reste difficile à utiliser. « Je remarque quand un processus techniquement irréprochable fait porter au client un fardeau déraisonnable » nomme une contribution qui vaut la peine d’être protégée.

Que met-on donc dans un Humanifesto?

Commencez par les moments où le jugement humain a changé le résultat. Pensez aux situations où le contexte a pesé, où quelqu’un avait besoin de confiance avant d’accepter un conseil, ou où la bonne réponse ne pouvait pas sortir du processus habituel. Repérez le travail que les autres confient toujours à la même personne, surtout quand la demande est difficile à nommer.

Un manifeste court peut répondre à trois questions. Qu’est-ce que cette personne remarque d’essentiel? Quelle responsabilité est-elle prête à porter? Comment la technologie doit-elle appuyer cette contribution sans se l’approprier?

La déclaration devrait ensuite changer l’organisation du travail. Elle peut suggérer de passer moins de temps à produire des brouillons de routine et plus de temps à les interpréter avec les personnes concernées. Elle peut révéler un besoin d’approfondir la négociation, l’animation de groupe, l’expertise du domaine ou le raisonnement éthique. Elle peut aussi mettre au jour des tâches qu’on garde par habitude, même si elles ajoutent peu de valeur humaine.

Dans une équipe, partager ces déclarations peut faire ressortir des forces complémentaires et des dépendances invisibles. Les dirigeants peuvent les comparer au travail que l’entreprise est en train d’automatiser et se demander si les responsabilités humaines essentielles ont encore quelqu’un pour les porter.

Aucun manifeste ne rend une personne irremplaçable pour toujours. Les rôles, les marchés et les technologies continueront de changer. Sa valeur est ailleurs, dans le cap plus clair qu’il donne pour traverser ce changement. Automatisez ce qui peut être confié de façon responsable, développez le jugement qui ne peut pas l’être, et gardez la capacité de dire « je ne sais pas » quand la curiosité est la contribution la plus utile dont vous disposez.

Guy J. Giguère
Guy J. Giguère
Créateur du cadre RVEAL|

Guy Giguère, créateur du cadre psychométrique RVEAL et cofondateur de RVEAL, cumule quatre décennies de coaching en Amérique du Nord, en Europe et en Afrique, plus de 100…

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